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L’Egypte disséquée
Le 18-05-2008 par Guillaume de Dieuleveult
Les éditions de la Découverte publient un ouvrage salutaire qui compense le manque d’information tout public et de qualité sur l’Egypte contemporaine.
C’est un tableau sans concession d’un pays présent dans la culture collective, mais particulièrement mal connu, qu’a brossé Sophie Pommier. Cette arabisante et enseignante à Science
Po Paris a travaillé pendant dix ans au ministère des Affaires Etrangères. Constat de départ : oubliée des médias français trop occupés à suivre à la loupe les soubresauts des pays voisins, cachée
derrière ses pyramides et ses momies, l’Egypte contemporaine souffre dans l’indifférence générale.
"Même au quai d’Orsay l’Egypte n’intéresse pas vraiment", a expliqué Sophie Pommier à Alif. "Les dossiers régionaux l’occultent, les diplomates ont tendance à penser que tout va bien que des réformes sont en cours. Il faut vraiment suivre le dossier égyptien de près pour comprendre la logique gouvernementale."
"On ignore à peu près tout de ce pays"
"Cet ouvrage est né en réaction au silence qui entoure aujourd’hui l’Egypte", annonce l’auteur dès les premières lignes de son livre. "Sorti des images de sites pharaoniques et de paysages nilotiques (…) on ignore à peu près tout de ce pays. Nous entendons expliquer comment cette méconnaissance sert concrètement la stratégie du régime égyptien. Vu de l’extérieur, rapidement, un certain nombre de dispositions ou de réformes peuvent ainsi paraître progressistes, d’autant que les autorités communiquent en ce sens. Ce n’est qu’en décortiquant les mécanismes que l’on peut véritablement en apprécier la logique et la portée réelle, qui jouent souvent à l’exact opposé."
Salué à juste titre par Gilles Paris, journaliste au journal Le Monde,"L’Egypte, l’envers du Décor" décortique en 300 pages le fonctionnement d’un pays tenu d’une main de fer par un régime policier parfaitement huilé. Après une première partie qui balaye rapidement les deux cents dernières années de l’histoire égyptienne, l’ouvrage entre dans le vif du sujet en se penchant sur le fonctionnement du régime égyptien : union de l’armée et du politique, instrumentalisation de la religion, alliance avec les Etats-Unis, réforme économique.
Dans une troisième partie, Sophie Pommier se penche sur les "réalités" de l’Egypte : les mutations, démographique et technologique, qui sont en train de remodeler le visage du pays ; les difficultés éprouvées quotidiennement par la population égyptienne ; la situation précaire des mouvements d’oppositions, l’idéalisation de la société civile par l’Occident.
Cet aperçu des plaies dont souffre ce pays permet de rectifier beaucoup d’idées fausses. A lire.
Extraits
"De Mohamed Ali à Hosni Moubarak, en dépit de la spécificité de chaque épisode, se sont forgés les caractéristiques de l’Etat égyptien. Un système fondé sur l’alliance des militaires et du politique, les ambitions régionales, l’autoritarisme et le principe de l’Etat rentier, dont les redistributions sont le garant de la paix sociale. La mise en cause de ce schéma, son incompatibilité avec les grandes évolutions contemporaines – nouvelles règles du jeu international, recomposition des équilibres régionaux, mondialisation, transformations profondes des sociétés – sont au cœur de la crise que traverse la société égyptienne. "
"Le thème de la réforme encombre jusqu’à saturation le discours des autorités politiques égyptiennes. Force est pourtant de constater que seul le domaine économique paraît véritablement concerné par la libéralisation annoncée, imposée au départ par les organisations financières internationales."
Egypte, l’envers du décor, éditions de la Découverte, 297 pages, 22,50 euros.
Commentaires
jossbellot2001@hotmail.com
Les éditions "la découverte" ont aussi sortis en septembre 2007 un n° de :"l'état du monde spécial Egypte" que chaque touriste devrait lire avant de venir visiter notre beau pays !
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La journée d'un......Cireur de chaussures Personnage phare qui anime les rues du Caire. Premier sujet des photos arrachées par les touristes. Le warnich, cireur de chaussures égyptien, essaie chaque jour de gagner un maximum de clients pour rentrer à la maison, le sac garni de provisions. Le Petit Journal a suivi l’un d’entre eux dans son travail quotidien
Sur le même trottoir depuis 40 ans, Abdel Radhi redonne vie aux chaussures des Cairotes. Photos : Sara Haba"C’est le meilleur cireur de chaussures de Tahrir, le plus connu", lance un client. Lui, c’est Abdel Radhi, surnommé Abdou. Vêtu d’une galabiya grise et d’un petit bonnet d'où émergent
ses cheveux gris, il prend place dès 9h sur le même trottoir qu’il occupe depuis 40 ans. Assis à l’ombre sur une pierre faisant office de tabouret de poupée, Abdel Radhi raconte ses débuts : "A
10 ans, j’ai commencé à travailler chez un cordonnier. J’y ai appris le métier. A 18 ans, j’ai décidé de travailler seul et j’ai fini par aimer ce métier au point de n’envisager aucun autre moyen de
gagner de l’argent". "Le travail d’Abdou doit toujours être bien fait" |
SOCIETE - Une assurance maladie sélective
Selon une étude réalisée par le centre de recherche et d’information du ministère de la Santé en 2007, "les Egyptiens dépensent 30% de leurs revenus sur les soins médicaux"
Tandis que le gouvernent affirme que les soins médicaux couvrent actuellement une importante tranche de la société, 67% des Egyptiens ignorent totalement tout ce qui concerne la sécurité
sociale. Toujours selon le rapport du centre de recherche et d'information du ministère de la Santé, 62% des Egyptiens fréquentent les cabinets médicaux privés, 13% seulement visitent ceux du
ministère de la Santé, et finalement 19% se soignent dans les hôpitaux privés de "luxe".
Après plusieurs tentatives du gouvernent de privatiser l’assurance médicale publique, le conseil des ministres a commencé en 2000 à discuter ce même projet que le ministère de l’Emploi a
refusé. En 2005 ce projet a été étudié au parlement. Enfin, pour éviter de faire face à tous les refus public et parlementaire, Ahmed Nazif, le Premier ministre, a signé, presque discrètement, son
décret n° 637 en 2007, qui consiste à fonder la société holding d’assurance maladie.
Cette compagnie a pris la forme d’une société anonyme qui aura évidemment un but lucratif, ce qui signifie une revente, à terme, à une grande entreprise qui, à son tour, commercera dans le domaine.
Ainsi, les soins médicaux ne seront plus un service public rendu au prix de revient pour alléger les souffrances des patients, mais une assurance maladie commerciale. Si le gouvernement a déjà
privatisé des biens et des services qui lui appartenaient théoriquement comme la téléphonie fixe et les transports en commun, peut-il privatiser ce qui ne lui appartient pas, l’argent que versent les
employés pour leurs soins médicaux ?
Soins médicaux pris en charge par l’état
Trouver un lit libre dans un des hôpitaux publics est un vrai problème, il faut attendre un mois, parfois même plus. Une fois ce lit disponible, de nombreuses complications surgissent :
manque de médicaments, de propreté, de matériels, et même de soins. Loin des déclarations des responsables du ministère de la Santé, une visite d’un de ces hôpitaux demeure toujours choquante. Pour
les lits des soins intensifs c’est presque un miracle d’en trouver un. Endurer sa crise ou se suicider est l’alternative proposée au malade. Combien de patients ont-ils trouvé leur fin par cause du
retard de soin ?
En cas de maladie grave, les citoyens présentent au ministre de la Santé une demande pour se soigner aux frais de l’Etat dans des hôpitaux privés ici, ou même à l’extérieur, du pays. Les accords sont
fréquemment en faveur de personnes connues qui n’ont peut être pas vraiment besoin de cette "subvention" : ministre, acteurs, footballeurs…etc. Constat : la santé a plusieurs vitesses en Egypte
aussi.
Lama AHMED (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie
VISITE - Ibn Touloun, une mosquée saturée de spiritualité
La mosquée Ibn Touloun est la plus ancienne du Caire islamique à avoir gardé un état intact. Fondée en 876, elle a été restaurée en 1296 par le sultan Houssam Eldin Lagin, qui l'avait enrichie en y ajoutant sa splendide fontaine pour ablutions, son minbar et son minaret en forme de spirale
Exceptionnelle par son état intact, la mosquée Ibn Touloun est également le plus vaste édifice de l'époque du Caire islamique, l’ensemble couvrant 2,5 hectares. Ahmad Ibn Touloun, dont
cette mosquée glorifie le nom, était un lieutenant abbasside. Il reçut du calife de Bagdad la mission de rétablir l'ordre en Égypte. Il restaura ses forteresses et y organisa sa propre armée composée
de mercenaires. Ibn Touloun est également le fondateur de la dynastie Toulounide qui régna sur le pays de 868 à 905. Il prît son indépendance politique vis à vis de Bagdad et construit sa nouvelle
capitale, Al-Qatâ'i.
La mosquée d’Ibn Touloun est d’une architecture saturée de spiritualité. A l’intérieur de cette admirable construction règne l’ombre et la lumière, entre sa cour centrale, qui baigne de
soleil, et sa salle de prière, profondément obscure. L’édifice est construit en briques couvertes d’une épaisse couche de plâtre. Ses arcades, en cintres légèrement outrepassés, reposent sur des
piliers avec colonnes engagées aux angles. Les frontons des arcs sont creusés par des fenêtres d’un style analogue. Les chapiteaux sont décorés de petits motifs floraux exécutés dans un goût
byzantin, autant que les rinceaux de la frise et des archivoltes. Au dessus de cette frise végétale, et dans toutes les travées, court une longue épigraphe, en caractères coufiques sculptés, qui
englobe tout le coran.
Un minaret unique
Le Mihrab, couvert de marbre, est en forme de niche enveloppée de décoration en belle mosaïque, et entourée de quatre colonnes de marbre. La voûte de la niche est en bois peints. Le minbar est un
beau spécimen en arabesque dont l’inscription de la porte, ainsi que les bondes en tôle de bronze, annoncent qu’il fut offert par le sultan Housam Eldin Lagin, restaurateur de la mosquée.
Le célèbre minaret en volute a été construit en pierre taillées soigneusement disposées. Cette sorte de tour massive est ornée de fausses fenêtres, dont les deux arcs sont en forme de fer à cheval.
Un escalier relie le premier stade à la terrasse de la mosquée. Il débute sa mutation sur le plan rectangulaire et l’achève en colimaçon plafonné d’un clocher d’époque plus récente. Du sommet, on
jouit d’un merveilleux panorama sur tout le vieux quartier qui entoure la mosquée.
Durant la visite de la mosquée Ibn Touloun, une ambiance d’apaisement et de détente de l’âme domine en raison de la simplicité de sa décoration, des vues étendues, de l’alternance de lumière,
d’obscurité et d’ombre et par ce vent frais qui circule dans ses magnifiques couloirs.
Lama AHMED (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) lundi 11 août 2008
30 ans plus tard, l'empreinte de Sœur Emmanuelle
Le 26-10-2008 par Vincent Fortin
Le décès de Sœur Emmanuelle a secoué les populations qu’elle a aidées. Au Centre Salam du Caire, ses compagnons de la première heure se rappellent.
"Sœur Emmanuelle est au paradis, c’est sûr", confie Adel Abd El-Malek Ghali, 60 ans, plus connu sous le pseudonyme affectueux de "Docteur Adel". Le décès de la "petite sœur des chiffonniers", à 99 ans, a endeuillé les nombreuses antennes d’Asmae (Association Sœur Emmanuelle) à travers le monde. Voilà 37 ans que la religieuse a commencé à lutter pour améliorer l’éducation et les conditions de vie des plus démunis. Au Centre Salam, le premier fondé par elle, au nord au Caire, on se souvient avec émotion de son arrivée.
Débarquant seule au milieu du bidonville de Ezbet El-Nakhl en charrette, Sœur Emmanuelle s’est installée en 1971 au milieu de 8000 zabbalin (éboueurs officieux du Caire). Aménageant des cabanes en salles de classe et en dispensaires, son action quotidienne gagne en célébrité et en résultats. En 1980, Madame Sadate inaugure un complexe éducatif et sanitaire. Puis c’est au tour du quartier du Moqattam d’être visité par la religieuse. Le docteur Adel, s’émerveille encore : "il aurait fallu trois siècles à n’importe qui pour assainir ce quartier. Elle, elle en a fait les Champs-élysées des bidonvilles en vingt ans."
Soeur Emmanuelle n’hésite jamais à porter sa colère en haut lieu. Tout en s’appuyant financièrement sur les communautés locales d’expatriés, elle médiatise son action à travers le monde. Excessive ? "Il faut ce qu’il faut", répond Hélène Sibril, responsable des Amis d’Ezbet El-Nakhr. Pour elle, "rien n’aurait été possible sans l’insoumission".
Les positions défendues par Sœur Emmanuelle, en faveur de la contraception notamment, dérangeaient. La supérieure de l’ordre Notre-Dame de Sion se serait empressée de la mettre en retraite en 1993, dans le Var. Retraite bien occupée cependant, puisque jusqu’en 2007, la religieuse ne recevait que sur rendez-vous, entre deux réunions.
Désormais, il faudra faire sans son soutien charismatique. A Ezbet El-Nakhl, on ne baisse pas les bras. Si les chiffonniers d’aujourd’hui ont parfois oublié qui elle était, les parents et les anciens racontent son histoire. Et le Centre Salam est plus fondé sur une espérance que sur un personnage. Une même foi pour tous, comme en témoigne l’hommage rendu cette semaine Sœur Emmanuelle par les bénévoles musulmans, coptes et catholiques. "L’amour n’a ni rationalité, ni religion", résume Hélène.

Photos: Pauline Beugnies
Le défi de la réintégration des enfants des rues
Le 30-11-2008 par Louise Sarant
Alors qu'un scandale de trafic d'organes secoue l'opinion, les projecteurs se braquent de nouveau furtivement sur les enfants des rues, premières victimes de l'exclusion. Rencontre avec une association qui tente de les réintégrer.
Chaque nuit, la fourgonnette avec à son bord un chef d’équipe, un médecin, une malette de premier secours et des sandwichs s’arrête dans un quartier et propose des activités sportives, éducatives ou artistique à la poignée d’enfants arrachés à leurs foyers par la maltraitance, la misère ou le décès des parents.
Mohammed Said, qui est à la tête des équipes sur le terrain concède que "depuis quelques mois, l’Egypte affiche une volonté politique de venir en aide à ces enfants. Depuis peu, le Conseil National pour la Maternité et l’Enfance (CNME) leur délivre des certificats de naissance, qui leur confèrent un existence légale", explique-t-il. Mais en parallèle de ces tournées, "Face Charity" possède un centre d’accueil pour enfants des rues qui ouvrira officiellement ses portes le 14 décembre prochain dans le quartier d’El Salam, sur la route de l’aéroport. Ce bâtiment de 4 étages, appartenant à l’origine au governorat du Caire, a été offert à l’association dans le cadre d’un projet pour l’enfance. "Face" le rend accessible aux enfants les mardis dans le cadre d’activités manuelles.
Dès la mi-décembre, le centre "El Salem" deviendra un centre d’accueil diurne qui acceuillera les enfants tous les jours de la semaine. "Nous prévoyons d’héberger certains enfants dès décembre 2009", explique Fatma Rakha, directice de l'association en Egypte et ancienne sous-secrétaire du CNME. "Pas avant car en parallèle, une équipe sera chargée de l’encadrement des parents. Car la finalité de ce projet réside bien dans la réintégration de ces enfants, dans une structure familiale et scolaire", poursuit la directrice.
Recréer du lien entre enfants et parents
Cette équipe aura la tâche fastidieuse de recréer des liens avec la famille de l’enfant abandonné, afin de déterminer les raisons qui l’ont motivé à déserter le cocon familial et d’évaluer si, oui ou non, un retour de l’enfant est possible. "Si c’est la pauvreté de la famille qui a contraint l’enfant à survivre dans la rue, alors on est devant le cas de figure le plus simple, si j’ose dire", déclare Fatma Rakha, "car on va tout mettre en œuvre pour améliorer les conditions de vie de la famille, pour permettre ensuite à l’enfant d’en être à nouveau membre."
Malheureusement, dans de nombreux cas, le retour de l’enfant n’est ni envisagé ni envisageable. C'est le cas des enfants maltraités, ou de ceux qui ont perdu leurs deux parents et n’ont eu d’autre choix que de mener une vie de vagabondage, en bande.
La bande, une mafia modèle réduit
Chacun de ces gamins des rues est membre d’une micro-société très hiérarchisée, avec à sa tête un chef de bande, qui répond des faits et gestes de ses "protégés". "Ce chef, qui peut avoir jusqu'à 25 ans", explique le Dr Chaza, "est la protection la plus efficace de ces jeunes contre le monde extérieur. En contrepartie, les enfants doivent lui obéir au doigt et à l’œil."
Le chef, qui a bien souvent des penchants despotiques, peut aussi s’approprier une fille de la bande, raconte Mohammed Said : "Il choisit une fille de la bande, la viole, puis la marque sur la joue d’un coup de lame pour que personne n’ignore qu’elle est sienne", raconte-t-il calmement. Le Dr Chaza exlique que la violence est le lot quotidien des enfants des rues et que, la plupart du temps, ce sont eux qui s’infligent des blessures. "Ils s’entaillent le corps, les bras à coups de couteau, sans ressentir la douleur sous l'effet de la colle qu’ils inhalent à longueur de journée", ajoute la médecin. "Les drogues qu’ils prennent, surtout la colle et certains comprimés de type Tramadol, les rendent insensibles à la douleur…ils ne cillent même pas quand je panse leurs blessures."
Mohammed Naguib, le chef d’équipe chargé du centre "El Salem" résume bien la philosophie qui sous-tend l’action de l’association : "Face ne travaille pas comme d’autres ONG sur les statistiques, autrement dit sur le nombre d’enfants qui viennent dans le centre. Nous oeuvrons pour que ces enfants réintègrent un foyer."
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